Mestrado em Museologia 2004/2005
 
 

Textos de Apoio

Pierre Mayrand - Atenção novos textos

 

 Never again


University of Victoria , British Columbia, Canada,
The Maltwood Art Museum and Gallery
 
Pour qu'il puisse y avoir réconciliation, certaines conditions doivent être réunies. Parmi celles-ci, une condition préalable: Avoir déjà été réunis dans la conciliation, soit à l'intérieur d'un modus vivendi consensuel, donnant à l'une comme à l'autre des parties une compensation suffisante, qu'elle soit d'ordre culturelle, sentimentale ou économique, et ce dans l'égalité des rapports. Une fois le consensus rompu de façon violente, de profonds trauma s'étant installés, nécessitant un temps de guérison plus ou moins long, selon la gravité de la blessure reçue ou donnée, la présence d'intermédiaires ou de médiateurs deviendra une nécessité dans le processus de revalorisation des rapports, de réappropriations des liens, de construction d'une nouvelle identité partagée, forcément trans-territoriale. Une solution heureuse dépendra de la renaissance de volontés, individuelles comme collectives, désireuses non pas tant de passer l'éponge sur des faits historiques qui doivent servir d'exemple, mais de conférer la priorité à la vie par l'apprentissage du respect, comprenant la différence. Enfin, l'éducation politique, celle de la critique des médias d'information et des politiques partisanes, de la compréhension des systèmes qui régissent les jeux de pouvoirs, seront, à l'instar des méthodologies de pratique de la liberté , parmi les conditions d'accompagnement des processus réconciliateurs, les plus indispensables. Pour ce faire, le médiateur lui‑même devra représenter un interlocuteur valable, ayant résolu ses propres conflits, possédant une maîtrise du sujet. PREMIÈRE QUESTION L'institution muséale, porteuse d'une mission culturelle reconnue par tous les états, même dépourvus ou fragmentés en multiethnies, pourrait-elle, au stade actuel de son évolution et des transformations qui la secouent, se poser comme médiatrice dans le cadre d'un processus de réconciliation? Cela pose deux problèmes, le premier étant qu'elle ne s'est jamais présentée, jusqu'à présent, dans ce rôle, sinon comme «conciliatrice» des cultures, investie par l'État d'une mission intégrative des peuples ou des groupes de population, tout en affirmant le droit à la différence, comme c'est le cas, par exemple, au Canada. Certes certaines expériences, comme celle du «Muséobus de la Paix», au Québec, tentent systématiquement, sur des périodes suffisamment longues, de mettre en place l'amorce d'une démarche permanente de rapprochement entre les communautés non amérindiennes et celles-ci, faisant appel surtout aux jeunes, mais non sans difficultés lorsqu'il s'agit d'harmoniser les méthodes de travail entre les délégués des deux peuples . Le deuxième problème qui se pose à la possible fonction réconciliatrice du musée, surtout dans les cas extrêmes avec lesquels les participants du séminaire de Dubrovnik seront confrontés, c'est la dualité de sa fonction culturelle, l'une simplificatrice et compréhensive des phénomènes de civilisation, la seconde critique, confrontatrice, posant la question en termes non diplomatiques, empruntant le langage de la catharsis plutôt que celui des thérapies douces, de la négociation prudente. DEUXIÈME QUESTION L'institution muséale dans son ensemble ou en partie serait-elle prête à s'engager dans la voie sociopolitique des thérapies de la réconciliation, et à intervenir directement comme médiatrice dans les conflits inter-raciaux, par exemple, comme le firent en certaines occasions les musées de voisinage? Quels seraient les acteurs, agents médiateurs de l'institution possédant les pouvoirs nécessaires à la mise en place de telles interventions? Le muséologue de par sa formation actuelle possède-t-il les outils indispensables d'analyse et d'intervention, faisant appel aux équipes pluridisciplinaires, afin de mener à bien de telles démarches en conjugaison avec les groupes concernés? Le professionnel du musée ou le travailleur du musée, selon le qualificatif qu'on veuille lui attribuer , possède-t-il toute la latitude politique afin de poursuivre sans interférences son action? Le muséologue, se considérant en premier lieu comme un citoyen solidaire, a‑t-il acquis la conviction qu'il lui faut également, dans l'accomplissement de ses tâches, se préoccuper de la mission sociale de son institution par des engagements concrets? La mission de médiateur ne pouvant émerger que d'une prise de conscience existante dans la communauté muséale, et non seulement d'une technicité à laquelle on réduit trop souvent certaines missions internationales de sauvegarde ou de coopération. TROISIÈME QUESTION Se pose aussi la question à savoir précisément ce en quoi consisterait la mission «sociale du musée» en regard de sa mission «culturelle» ou «scientifique», trop longtemps dissociées. Contrairement aux missions culturelles et scientifiques, la mission sociale à laquelle il est fait référence de plus en plus fréquemment ne demeure-t-il pas un concept vague, dans lequel on inclut les notions et les pratiques les plus disparates: Éducation, enrichissement de la communauté, éveil à certains phénomènes ou pratiques sociales, surtout dans le domaine environnemental? Pour des dizaines de colloques organisés sur le sujet, peu d'expositions en ressortiront et l'ancrage social du musée n'en sera pas plus évident. Une autre difficulté est la tendance à considérer les sujets populaires comme faisant partie de la dite mission sociale de l'institution, alors qu'on est dans le spectacle ou dans la vision nostalgico-mythique d'un passé récent, faisant appel au sentimentalisme peu critique des contextes sociopolitiques qui leur ont donné naissance. Le besoin de séduire (muséo-séduction) pour attirer et retenir les publics, de ménager les susceptibilités des gouvernements sur des questions épineuses, comme les politiques budgétaires et sociales, ne seront-ils pas un frein permanent à l'action véritablement engagée de l'institution et de ses travailleurs dans le champ de la valorisation sociale ou de la dénonciation des injustices les plus criantes, alors que les médias électroniques et éditoriaux des grands quotidiens ne s'en privent guère et en font leurs recettes? N'y aurait-il donc pas, par conséquent, une méprise sur la notion du «social», de ses corollaires le «changement», l'«évolution», dans leur acceptation sociologique et anthropologique, entretenant sciemment, telle est parfois notre impression, les imprécisions et ambiguïtés qui maintiennent le système de valeurs dominantes et traditionnelles de l'institution muséale? Qui dit INSTITUTION n'évoque-t-il pas la permanence, l'autorité, la pérennité des valeurs dites fondamentales? La perpective évolutive de l'action sociale du musée ne risquerait-elle pas, comme nous le proposerons en fin de questionnement, de bouleverser, pour la grande majorité de celles-ci, les structures et les fonctionnements en place, toutes orientées aujourd'hui vers la performance économique, vers les marchés nationaux et internationaux, vers la concurrence du produit «Expo» et de ses succédanés, les objets de boutique? Pourtant, depuis plus de trente ans déjà, plusieurs révolutions souterraines (underground) ébranlent l'édifice sacral de l'institution muséale, entraînent des muséologues et des non muséologues à vivre une expérience muséale autre, empruntent la voie des associations alternatives, devenues les nouvelles muséologies et muséologies territoriales/sociales de développement. Plusieurs grands noms de la muséologie y sont attachés, acceptant de boire la ciguë comme je les qualifiais lors d'une séance de formation en muséologies sociales, à Porto Allegre, au Brésil! Pourtant plusieurs cours à un très haut niveau s'attachent à construire la science et les pratiques de la muséologie sociale, parfois envers et contre tous, stimulant les initiatives, ouvrant de nouveaux horizons aux plus jeunes générations, posant en tout cas les questions fondamentales qui s'adressent au musée comme à la société entière, leur indiquant et leur proposant des méthodes de travail, un code d'éthique ... Je débutais toujours mon cours de nouvelles muséologies à l'Université du Québec à Montréal en rappelant que la mission sociale du muséologue devenait possible, dans l'état actuel des choses, entre cinq heures de l'après-midi et neuf heures du matin, alors qu'il reprenait sa qualité de citoyen (horaire nord-américain): Dans ce laps de temps libre pouvaient naître les projets, prendre forme les associations, se débattre les idées les plus prometteuses, autour d'un verre de bière, d'une table garnie de tartes, dans le sous-sol d'un entrepôt communautaire... John Kinnard dut sortir du Smithsonian afin de s'impliquer auprès de la communauté noire. D'autres, au Mexique, par exemple, quittèrent l'enceinte du musée d'Anthropologie pour les banlieues populaires où ils édifièrent avec enfants et déshérités les «Casa del museo», laboratoires d'expérimentation autogestionnaire et de prise d'autonomie, devenus par la suite le réseau des «museos communitarios» encouragé par l'Institut d'Histoire et d'Anthropologie du Mexique (INAH). Plus près de nous les institutions muséales entreprennent des formations en éducation populaire et en muséologies territoriales de développement , des études magistrales sur la relation entre les communautés et le musée sont produites par le Smithsonian, des réseaux internet de discussion s'organisent afin de débattre du plan d'action proposé par la Conférence du Costa Rica... Malgré donc les ambiguïtés, entretenues ou inconscientes, que nous avons évoquées en regard de la notion de mission «sociale», les conditions actuelles ne sont-elles pas réunies, fondées sur une solide tradition historique et sur les nouvelles fonctions de coopération du musée, afin d'entrevoir les paramètres d'une véritable muséologie de l'intervention sociale, permettant d'aborder des problématiques aussi sensibles que celle dont nous débattons à l'occasion de ce séminaire de formation? Je me souviens que lors d'un séminaire de l'École d'Été en muséologie de Brno (République Tchèque) nous avons poursuivi très tard dans la nuit nos échanges entre ex-combattants, participants originant des factions en guerre en Ex-Yougoslavie, sur le sujet même de notre rencontre, soit celui de l'anticipation des moyens qui pourraient être mis à la disposition par le musée afin que de tels drames ne se reproduisent plus, et que les mains puissent se tendre à nouveau, les corps se rapprocher et les âmes se rencontrer avec leurs blessures... Je vois ma présence solidaire aujourd'hui, parmi vous tous, comme une continuité, une chaîne humaine tendue dans le temps et dans l'espace, que nul ne pourra rompre à jamais. JAMAIS PLUS CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS Malgré les efforts soutenus, trop souvent affligés de discontinuités fonctionnelles, du mouvement des musées communautaires, de la présence courageuse de muséologues militants dans les débats qui interrogent les fonctions actuelles du musée et leur hiérarchie des valeurs, malgré les progrès de formations faisant une place à la sensibilisation et à l'animation culturelle/sociale, malgré l'ampleur des échanges d'expositions dans une perspective de coopération et de meilleure connaissance mutuelle de nations à nations, de continents à continents, de civilisations à civilisations, malgré les expositions universelles devenues les lieux privilégiés de l'innovation muséologique articulée sur les thèmes d'intérêt universel, malgré la vogue de donner à voir et à sentir par l'objet symbolique ou par le spectacle muséal, les peuples ne continuent-ils pas de plus belle à s'affronter, à s'entrechoquer, à s'éliminer...? Je ne connais pas de musée, non imaginaire, qui ait accompli ce qu'accomplissent de leur part les médias télévisuels dans ce qu'ils ont de meilleur, soit de porter à l'attention de tous les questions qui nous touchent de près ou de loin, de provoquer de durs débats, de remuer les consciences, à partir desquels l'action du citoyen puisse s'organiser, mobiliser les gouvernements et les groupes de pression. Sur une échelle tout à fait locale certains musées dits communautaires ont rempli ces fonctions. Ignorés de tous ils auront permis l'apprentissage de la démocratie, la résistance aux invitations à la violence ou au désespoir. Ilôts d'humanité solidaire ils veillent dans la jungle de notre planète comme les feux allumés la nuit afin de décourager les bêtes sauvages...? QUESTION ET RECOMMANDATIONS: JAMAIS PLUS Partagez-vous cette lecture un peu pessimiste, mais lyrique, soulevant ainsi l'espoir, d'une muséologie impuissante dans son ensemble, alors que l'institution muséale forme un réseau serré de centres culturels à travers le monde, dont la volonté, si elle devenait commune, saurait je n'en douterais pas agir comme un levier tout aussi efficace que les grands médias télévisuels? Le Forum Université et Patrimoine ne pourrait-il pas remplir, à l'aide de ressources universitaires regroupées, concertées, jouer en partie le rôle de rassembleur, de préparation du terrain aux fonctions humanitaires de conciliation, puis de réconciliation? La démarche de conciliation ne devrait-elle pas être prioritaire avant qu'il ne soit devenu nécessaire de faire appel à de douloureuses réconciliations, dont je doute que le musée puisse y tenir un rôle déterminant, celui-ci appartenant à toutes les institutions culturelles et à tous les travailleurs culturels réunis? Quels seraient donc les prérequis pour l'institution muséale afin qu'elle soit en mesure de se positionner efficacement sans détours, dans la voie «réconciliatrice»? Premièrement: L'inclusion dans les programmes académiques et professionnels de formation d'éléments substantiels et adéquats de formation sociopolitique.
Deuxièmement: Faire en sorte que l'ICOM, entre autres, reconnaisse sans ambiguïtés la priorité à accorder par les musées en général à l'implication sociopolitique dans les grands débats du jour dans leur programmation à long terme.
Troisièmement: Que puissent être désignés comme laboratoires d'expérimentation sociale un certain nombre de musées à travers le monde, qu'ils soient communautaires ou autres, articulés en un réseau d'interventions (Centres de veille) dotés d'un personnel formé à cet effet et possédant toute latitude afin de mettre en place et mobiliser les ressources nécessaires à l'atteinte d'objectifs sociopolitiques comme les processus de réconciliation.
Quatrièmement: Favoriser la création de groupes de travail indépendants à l'intérieur du musée pilote (brigades) pouvant se consacrer à la coopération active et à des expositions systématiques, génératrices de débats publics, sur des sujets conflictuels.
Cinquièmement: L'intégration à ces équipes pluridisciplinaires (comprenant les sociopsychologues), les représentants de la communauté et des groupes de pression concernés par le sujet de l'action. QUESTION À POSER AU GROUPE AU TERME DE CE QUESTIONNEMENT

Suis-je intéressé(e) à m'engager dans la réalisation de tels processus? Comment vais-je m'y prendre, et à quel prix (risque) compte tenu de mon propre contexte institutionnel et sociopolitique?

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